Le reflet de l'ombre

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Le reflet de l'ombre

Message par Aaron Langstone le Sam 7 Avr - 1:36

J'ai observé le monde avec un regard d'enfant, j'ai voulu le changer avec des mains de tyran.


Les remparts de cette cité qui était autrefois mon bastion, sont devenus les murs de ma prison. Mon chemin s'est arrêté derrière les portes de la grande Owünglard. Les étendards de la Croisade qui flottaient jadis au dessus de la ville ne sont plus, le vent les a emporté pour rapporter les couleurs du passé que la guerre avait oublié. L'Eden que l'un souhaitait, fut le combat et l'enfer de tous. Le monde fut baigné dans la lumière quelques temps, une lumière brûlante qui a asséché les coeurs et marqué la chair, une lumière qui a guidé et rendu aveugle ceux qui ont suivi ses rayons sans détourner le regard. Je fus l'un de ceux là, j'étais l'un des Sept. J'ai suivi ma Lumière, Celle que les autres ne pouvaient voir. Mais désormais autour de moi, je ne vois que l’obscurité et ses projections maléfiques, mon esprit est devenu le sien, son terrain de jeu. Est-ce pour me punir de ce Péché que j'étais et ceux que j'ai commis ? Pourquoi me fait il voir le monde à travers ce filtre si noir, si morbide. J'ai vu et donné suffisamment la mort pour la connaître et je sens sa présence à tout instant, une vieille rivale vicieuse qui se joue de moi et qui pourtant m'obsède. Je l'ai défié tant de fois et celle ci m'a parfois épargné. Mais je ne suis pas dupe, cette torture est pire encore que la mort elle même. Ce supplice de tous les instants ronge mon âme, brise ma volonté, soumet mon esprit. C'est là le sens véritable de la justice, la justice la plus primaire, subir les coups que l'on a soi même infligé. Ce ne sont plus des pavés sur lesquels je marche, mais des ossements humains. Quand je lève les yeux vers l'homme et le vieillard, je vois le guerrier mutilé et la sagesse des anciens brûlée sur l'autel de la foi. Quand je lève les yeux vers la femme et l'enfant, je vois la pureté profanée et l'innocence balayée. Je vois leurs visages déformés par les flammes et le fil de l'épée, leurs mains et leurs pieds transpercés par des clous incandescents et ces créatures des Enfers qui sortent de terre pour emporter ces corps entre les barreaux dont je suis le prisonnier et le gardien. Chacun de mes pas résonne en moi comme des battements de tambour précédant une exécution, mais cette exécution tarde, peut être même ne viendra t-elle jamais. J'entends les murmures des défunts, qui à mon oreille soufflent la peur et la paranoïa. Je vois leurs visages fantomatiques me suivre, me hanter sans répit. Je les vois dans les flammes dansantes, dans les lanternes nocturnes, sur les Mers de la Lune. Toutes ces personnes dont j'ai été le bourreau, ces Fossoyeurs, ces fanatiques religieux d'Orient, ces élèves animés par leur désir de rébellion. Ma lame s'est abreuvée de leur sang, mes sortilèges les ont terrassé. Mais le sablier s'est retourné et en ces tristes jours, je sens leur regard vengeur transpercer ma chair, distiller leur fureur dans mes veines brûlantes.




Mes ailes de pourpre et d'or lentement se sont consumées, dans le feu de la guerre et de l'oppression.


Mais qu'est-ce qui me porte encore ? Je suis une âme perdue et damnée dans les bas fonds de cette cité. Tu avais raison petite sœur, quand tu disais qu'à force d'agir au nom de tous, tous finiront par agir contre mon nom, je ne l'ai compris que trop tard, quand il ne restait rien. J'ai vécu le plus grand des cataclysmes, ressenti le plus profond chagrin et jamais le regard d'autrui ne m'a paru si assassin. Tout s'est effondré, tout est terminé, il aura fallu d’une nuit et d’un jour. On m’a demandé d’affronter ce en quoi je croyais, ce que j’adorais, déjà meurtris par des visions d’horreur incessantes. Et quand mon regard s’est éclairé de nouveau sur les ténèbres, c’était pour découvrir que la Reine millénaire venait de disparaître, ce sentiment si puissant a balayé les illusions qui pesaient sur mon esprit et au terme, il n’y avait ni la lumière, ni l'obscurité, mais le Néant absolu. Un océan sans couleurs, sans vagues, infini et étroit à la fois. Tous sont partis, tous ont laissé ces ruines comme un simple château de cartes qui venait d’être soufflé. J’étais seul, comme tu l’avais si bien prédit petite soeur, trahi par ces personnes qui se prétendaient être animés par ce même désir d’idéal, manipulé par d’autres qui opposaient le leur. Au milieu et à l’issue de ce chaos, j’étais seul. Seul contre moi même.

J’aspirais à l’Eden alors que je l’avais déjà vu de mes propres yeux, loin de la terre des hommes au coeur des paysages célestes et de la Magie elle même.


Je ne peux blâmer quiconque pour les erreurs qui sont les miennes. Si l’idéal illusoire m’apparaissait comme une réalité c’est parce que j’étais aveuglé par cet espoir de paix au prix de guerres sanglantes. Si l’Ombre a emporté ma Lumière, c’est parce que j’ai été faible et orgueilleux. Si… Simiestra. Je te comprends maintenant, pour le peu de fois que j’ai entendu le son de ta voix céleste, tes paroles résonnent désormais non pas comme la haine des hommes, mais comme la peur qu’ils inspirent. Ô comme il est juste d’avoir peur de l’humain, ignorant et barbare. Destructeur et impitoyable. J’aurais dû m’en souvenir au coeur des batailles, ce que je croyais être des menaces, n’étaient en fait que des avertissements et des conseils, que j’ai si vite oublié… J’avais juré. Juré de démontrer que l’homme n’était pas mauvais, qu’il n’était pas tout ce dont tu le qualifiait. Et j’ai échoué ! Échoué… J’ai fais pire encore que mes semblables. Je ne sais ce que tu es devenue Simiestra, mais j’ose espérer que tu vive en paix, loin de ce monde que vous avez bâti et qui s’est laissé aller à la folie, sans respect pour ses créateurs.
Tu croyais en l’humain Iniris, je n’ai pas les mots et je ne les aurais jamais, pour dire à quel point je suis désolé, d’avoir été une énième déception, alors que de ta générosité sans limites, tu m’as montré le savoir perdu. Tu m’as montré les fondations de notre monde, nos origines si lointaines. J’ai vu de mes propres yeux, je l’ai vu ! Ce paradis qui nous précédait ! Nous avons trahi vos espoirs, détruit cet idéal et en ces temps si tristes, nous avons reproduit les mêmes erreurs. Pourtant ces erreurs je les connaissais, j’avais fais le serment de ne pas les commettre à mon tour et j’ai moi aussi été un traître de plus. J’ignore où tu es désormais Souveraine, mais si tu vois ce que j’ai fais et ce que je suis devenu, ne te sens pas fautive d’avoir échoué quelque part, tu n’y es pour rien, soit plutôt fière de ton courage et ta bonté sans limites. Quand tombe le rideau d'ébène nacré de  ses perles d'argent, je n’ose même plus lever les yeux vers celui ci, de peur d’y croiser ton regard que je ne saurais supporter après avoir causé tant de désastres, alors que toi, Iniris, tu avais tant sacrifié pour qu’il n’y en ait plus.

J’ai osé regarder dans le miroir et j’y ai vu le reflet de l’ombre que je voulais combattre.


Tu disais qu'il valait mieux écrire son histoire plutôt que vouloir écrire celle des autres... J'ai succombé une nouvelle et dernière fois face à ce péché vicieux qu'est l'orgueil comme si je n'avais rien retenu de toutes ces épreuves, toutes ces défaites. Je te pensais égoïste petite sœur mais j'avais tout faux. Celui qui était notre frère tenait le même discours à mon égard, depuis ce qui me semble être une éternité... Et d'un revers de main, d'un regard détourné, je l'ai abandonné. Je n'écrirai plus l'histoire du monde, du peu de temps qu'il me reste probablement encore à vivre, j'ai décidé de laisser ma plume tremblante esquisser les boucles et les traits sur le papier, j'écrirai. J'écrirai mes erreurs, mes peines, ma colère, ma frustration, mes joies, mes espoirs. L'encre sera mon témoin, le dernier je l'espère, de ce que j'ai été. À mesure que le sable s'écoule de l’autre côté, je comprends. Kyarlathotep, désormais je comprends ce que tu me faisais voir à travers ce filtre, j’ai vu à travers tes yeux, j’y ai vu non pas la mort, mais les terreurs d’un enfant. J’ai compris, qu’on ne pouvait laisser la peur triompher et que celle ci jamais ne nous quittera, pour que le courage de la vaincre subsiste. La peur a tant de visages...

Au delà du monde et de la voûte céleste, la Magie contemple avec peine les enfants qu’elle a vu naître.


J’ai brisé le miroir, je suis libre de ces chaînes, le souvenir du reflet restera à jamais gravé dans ma mémoire. Quand les doutes et la faiblesse tenteront de s’emparer de moi, le miroir me rappelera ce que je ne dois oublier, et la force et la détermination guideront de nouveau mes pas. Car voici ma dernière bataille en ce monde, pour retrouver ce que la nature a offert de plus beau et de plus cher. Je retrouverai les traces de nos origines, j’arpenterai les mondes perdus, je naviguerai sur les mers de la Création, pour retrouver notre Mère à tous…



Demain, je partirai pour Caldem, avec le secret espoir de redonner vie à ces terres meurtries.  Et pour le plus beau présent que celles ci m’ont offert, au prix de ma vie je retrouverai leur dernière Reine, la première d’un monde en paix



La Magie n'a de limites que votre imagination, croyez en elle et elle croira en vous.
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